MALADIE ET HANDICAP PSYCHIQUES :

PRENDRE SOIN DES PERSONNES SOUFFRANTES, PRENDRE SOIN DES PERSONNES AIDANTES

 Cette conférence s’inscrit dans le cadre de la semaine sur la santé mentale 2011.

L’UNAFAM a donné la parole à Alain Vasseur directeur du centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP) Bachelard, ainsi qu’aux adhérents de deux Groupes  d’Entraide Mutuelle (GEM) de Beaune et de Chenôve et enfin à Madame Elbachir, psychologue et animatrice d’un groupe de parole UNAFAM (La communication de Madame Elbachir paraîtra dans un numéro ultérieur du Lien).

Pour cet exposé j’ai une double casquette :

1ère casquette : je viens vous présenter le festival Itinéraires Singuliers que je coordonne. Ce festival est né en 1999 en partenariat avec le CHS de la Chartreuse,

2ème casquette : je coordonne aussi un centre d’accueil thérapeutique à temps partiel, structure intersectorielle, entièrement axée sur la dynamique des processus d’expression, et qui dépend du CH LA CHARTREUSE.

L’idée est d’inscrire la personne dans une dynamique de projet, avec les autres, et surtout de lui permettre d’accéder à sa forme d’expression qui lui est propre.

Les gens viennent dans cette structure pour suivre des activités ; cela permet à la personne d’accéder à son désir d’expression. Nous avons tous des formes d’expression différentes car nous ne sommes pas tous construits de la même façon.

C’est YUNG qui s’est intéressé aux désirs de formes de chacun. YUNG dit qu’un enfant qui s’oriente dans la vie doit développer 4 axes : le Nord pour la pensée, le Sud pour l’émotion, et le couple intuition/sensation Est/Ouest.

L’enfant va développer un de ces 4 axes : soit il va développer l’axe de la pensée ; on va dire de cet enfant « c’est un gamin qui travaille bien à l’école, c’est un intellectuel, il passe son temps dans les livres.

En face il y a l’émotion : un gamin qui est toujours dans les pantalons de son papa ou les jupes de sa maman se construit sur cet axe là.

L’autre axe est le couple intuition/sensation : on va dire que le gamin est intuitif ; dehors il est en rapport avec les éléments, il grimpe dans les arbres, bref il est très en lien avec la nature. De plus ce gamin est tout le temps en train de faire des câlins.

Yung dit que s’il y a un évènement traumatique dans la vie de cet enfant, il va renforcer l’axe sur lequel il s’est construit ; s’il s’est construit sur l’axe de la pensée, il va rester sur cet axe et ne sera plus assez en prise avec ses émotions.

A l’inverse quelqu’un qui s’est construit sur l’axe de l’émotion quand il un évènement traumatique a lieu dans son histoire, il va bloquer l’axe sur lequel il s’est construit et ce gamin sera submergé par ses émotions. On voit ça quand plus tard il passe des examens : il sera submergé par ses émotions, non pas qu’il n’a pas appris à penser, c’est qu’il est submergé.

Mais un enfant qui se développe harmonieusement va quitter petit à petit l’axe sur lequel il s’est construit et utiliser harmonieusement sa pensée, ses émotions, ses intuitions et ses sensations.

Dans les sociétés occidentales, on s’est construit beaucoup sur le couple pensées/émotions surtout dans notre société judéo-chrétienne ; tout ce qui a un rapport avec la nature n’est pas très développé dans notre culture occidentale.

YUNG dit que la pensée chez les indiens d’Amérique correspond au Nord qui est la conceptualisation, c’est l’air, c’est un élément masculin. Quelqu’un qui a perdu la pensée, on dit qu’il a perdu le Nord dans l’expression populaire ; donc chez les indiens le Nord correspond à la pensée ; On retrouve ça aussi des les cultures chrétiennes et dans la symbolique des cultures hindoues et aussi chez les bouddhistes.

Dans le Sud on retrouve les émotions, c’est l’eau, c’est féminin, c’est tout ce qui est amour, c’est tout ce qui a rapport à l’autre, le rapprochement, ce qui fait lien avec les autres.

L’Est c’est là où le soleil se lève, c’est le feu, c’est masculin, c’est tout ce qui est créativité, spiritualité.

L’Ouest c’est là où le soleil se couche, tout ce qui est sensation. Quand on dit que quelqu’un est complètement à l’Ouest, c’est quelqu’un qui est complètement dans la sensation.

Feu : élément masculin avec en face la terre : élément féminin.

Les gens qui ont du mal à travailler la terre, on le voit dans nos ateliers, ce sont des gens qui ont du mal avec leurs origines, avec leurs ancêtres, avec le lieu d’où ils viennent.

Que se passe-t-il quand il y a une maladie et notamment une maladie mentale ; YUNG explique que les deux couples se décentrent, on a alors un couple pensée/intuition : dans ce cas les gens sont dans la maladie, ils ont une vision très intuitive du monde ; par exemple quelqu’un qui est en crise va sentir si le soignant est mal à l’aise ou s’il a peur, il le sentira intuitivement.

Ce qui est intéressant dans l’acte d’expression c’est justement l’acte de création, et l’expression universelle de création est l’acte sexuel, la rencontre de deux personnes. Dans l’acte sexuel on utilise harmonieusement sa pensée, ses émotions, ses intuitions et ses sensations. D’où l’importance de remettre la personne en situation d’expression car chez les gens qui sont déconstruits on va recréer de bons axes.

On est plutôt dans une société qui met les gens en situation de consolation plutôt que d’expression. On dit exprimez-vous, achetez le dernier Ipod ou la dernière TV 3D. Mais s’exprimer n’est pas acheter ; la personne qui s’exprime s’inscrit dans une démarche de recherche sur elle-même ; l’expression n’appartient ni à l’expert ni à l’artiste, elle appartient à toute personne qui veut approfondir son rapport avec le monde d’où l’importance de ces lieux où on va restaurer des espaces de paroles et d’expression ; or on est dans une société qui ne donne pas beaucoup aux gens des espaces d’expression mais plutôt des espaces de consommation.

Gilles DELEUZE disait que les 3 sentiments qui gèrent notre vie, sont le désir, le doute et la nécessité. Or on est souvent dans un mauvais désir, un mauvais doute et une mauvaise nécessité.

Le bon désir c’est de savoir renoncer, par exemple quand on est en mauvaise santé mentale que fait-on ? On liquide son angoisse dans des addictions : boire, manger, fumer, consommer, donc remplir les manques.

Le bon désir dit Gilles DELEUZE serait de renoncer à ; par exemple prenez une table de LUCULUS avec des mets prestigieux, vous adorez le foie gras, vous vous précipitez sur le foie gras, vous mangez tout le foie gras et vous avez répondu à votre désir puisque vous adorez le foie gras ; or, effectivement si vous mangez tout le foie gras vous allez être malade, mais surtout vous ne pourrez goûter aux autres plats

Donc bien désirer c’est renoncer à manger tout le foie gras pour pouvoir goûter les autres plats. Etre gourmand de la vie c’est être en capacité de recevoir, de donner, de partager et de faire des choix. C’est ce qu’on fait dans un dîner entre amis, on partage, on reçoit, on donne et on fait des choix.

Dans les lieux d’expression c’est ce que l’on propose aux personnes malades dans ces centres d’accueil thérapeutique où on va restaurer ça, le bon désir, être gourmand de la vie.

Le doute : il y a les bons doutes et les mauvais doutes. G. DELEUZE nous dit également que si on ne doute pas on est dans la toute puissance et ce n’est pas très bon et si on doute trop on est dans un scénario d’invalidation personnelle qu’on retrouve dans la maladie, l’inhibition, etc.

« Le bon doute c’est faire un petit détour par la lune de façon à mieux voir la terre ». Donc si je monte sur la lune, je vois la terre avec un regard distancié, je vois le problème dans sa globalité et je peux retourner au cœur du problème avec un regard neuf. C’est-à-dire avec un regard critique sur les choses ; dans les ateliers d’art thérapie par exemple on va mettre la personne à distance face à son œuvre et on va inviter chaque participant du groupe à poser un regard curieux, critique, sur cette œuvre là. J’aime, ou j’aime moins, pourquoi elle me touche, c’est important pour que la personne puisse aussi avoir un regard critique sur son œuvre.

L’acte de nécessité : c’est l’acte de création universelle, c’est l’acte sexuel, c’est la rencontre entre deux personnes, c’est une pulsion de vie ; on a besoin de l’autre pour se construire.

A l’inverse si on n’est pas dans une pulsion de vie, on est dans une mauvaise nécessité, on est dans une pulsion de mort, d’autodestruction, de tentatives de suicide.

Quand on n’est pas en bonne santé mentale, on est dans un mauvais désir. On liquide son angoisse dans l’objet, on est dans un mauvais doute et une mauvaise nécessité.

Les ateliers sont donc là pour redonner à la personne malade du bon désir, du bon doute, de la bonne nécessité. C’est-à-dire être en capacité de faire des choix, de recevoir, de donner, de partager, d’être dans un acte de création.

L’acte de création est important pour se construire ; et donc on a besoin d’espaces de création et d’espaces de parole.

Itinéraires singuliers s’est construit autour de cette idée là.

Des sociologues se sont emparés du phénomène d’exclusion : si je prends une page blanche avec de chaque côté une marge : le centre est la norme.

A un moment donné je m’éloigne du centre, je viens dans la marge, mais je suis encore dans l’espace de la feuille, je suis encore dans le cadre citoyen ; à un moment donné je m’éloigne de la norme et je quitte ce cadre là, en psychiatrie la personne est en dehors du cadre, elle s’exclut ou elle est exclue du cadre, et bien évidemment que ce soit dans le milieu culturel ou dans le milieu sanitaire ou social, on va chercher des solutions pour vite ramener les gens dans la norme ; on va faire des stages de réinsertion, des entrées gratuites à des spectacles et puis on s’aperçoit que ça ne marche pas ; ça ne marche pas parce que si le principe d’exclusion c’est norme/marge/exclusion, le principe de réintégration c’est exclusion/marge/norme.

On s’est dit aussi une chose intéressante, la marge c’est un espace intermédiaire, les lieux de soins qui sont dans la cité CMP, centre d’accueil thérapeutique, etc.  sont des espaces intermédiaires. Ils sont intéressants parce que symboliquement, autrefois quand il y avait des frontières, il y avait au-delà des frontières ce que l’on appelle le no man’s land. Donc on arrive à une première frontière, ensuite à une deuxième frontière. La symbolique des no man’s land est intéressante, c’est-à-dire que je pars en suisse avec mon sac à dos bourré, je passe la première frontière, je pose mon sac à dos et dans ce no man’s land là, cet espace intermédiaire, je vais vider mon sac à dos, c’est-à-dire que je regarder mon sac et voir si telle chose j’en ai besoin ou pas ; je garde ce dont j’ai besoin pour partir à la rencontre de l’autre pays que je vais découvrir ; si mon sac à dos était trop chargé, je ne pourrais pas accueillir grand-chose de l’autre côté.

Donc ces espaces intermédiaires sont des espaces où l’on vient déposer des choses qui nous encombrent, mais on a aussi effectivement rencontré les autres. Itinéraires singuliers s’est construit sur le modèle des centres d’accueil thérapeutique où les personnes se retrouvent dans cet espace intermédiaire ; une personne qui revient dans la marge de la feuille blanche revient dans un cadre citoyen des droits et des devoirs ; est-ce si important que ça qu’elle soit dans la norme ? ça rassure tout le monde que tout le monde soit dans la norme dans une société normopathique et nous on va dire que peut être la personne qui revient dans cet espace là a des choses à nous faire découvrir aux gens qui sont dans la norme, donc l’idée du festival c’est d’inviter les gens qui sont en dehors du cadre, de faire un pas en avant pour revenir dans cet espace intermédiaire mais aussi aux gens qui sont dans la norme de faire un pas en avant pour venir voir ce qui se passe à la frontière du monde, car les gens qui sont dans la norme sont des gens qui sont dans leur tout d’ivoire pensant que la norme et le nec plus ultra. Il y a des choses à découvrir et pour ça il faut abandonner un certain nombre d’autres choses, donc d’idées reçues, de partir à la rencontre de l’autre, mais c’est vrai que tout acte de rencontre va offrir à l’autre une relation duelle, amicale dans une relation thérapeutique, car le plus beau cadeau qu’on puisse faire à l’autre c’est sa part fragile.

Ce qui est important ça n’est pas d’accumuler les savoirs, mais c’est de nous questionner sur le monde, sur la vie, et donc dans ces espaces intermédiaires, on va inviter la personne à se questionner sur le sens de la vie, sur le sens du monde, sur le sens des choses.

Dans ce festival d’Itinéraires singuliers la personne va inviter l’autre à s’interroger sur ces différences, sur ces espaces intermédiaires, c’est quoi la norme, c’est quoi la marge ?

Plus vous avez de savoirs plus vous vous interrogez – quelqu’un qui s’interroge plus devient un vieux con, mais il y a des jeunes cons aussi.

Le sens est un mot que l’on emploie à tort et à travers et on ne sait plus ce que ça veut dire.

Qu’est-ce que le sens ? « Celui qui ordonne doit toujours faire référence au dit, le dit c’est le sens, le sens de l’humanité »

Le sens = signification = qu’est-ce que ça signifie pour moi telle ou telle décision.

Le sens = logique = le logos – c’est le sens logique – c’est toutes les règles de vie qui nous permet de bien vivre ensemble.

Le sens = sensualité = pour qu’un personne aille bien elle doit pouvoir utiliser ses 5 sens.

Celui qui ordonne doit toujours faire référence à ces 3 sens là qui doivent s’interpénétrer, or on prend souvent l’un des 3 sens, celui qui nous arrange, du genre le sens logique, « ’est comme ça » (règle des 3 c), mais pour donner le 4ème sens qui est celui de la direction il faut que les 3 premiers sens soient traversés par l’histoire des humains en permanence, le signifiant, le signifié et le sensuel.

Le je est important dans la thérapie, mais le non est valorisé aussi car on ne se construit pas tout seul, on a besoin des autres pour cela. Il a besoin d’être en lien, d’être relié aux autres.

Ces espaces servent donc à recréer du lien, à recréer du sens.

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La parole des adhérents des GEM de Beaune et Chenôve :

Je m’appelle Marie-Reine:

Aller au GEM me permet d’être hors de chez moi – cela fait 4 ans que je viens au GEM que j’ai connu par le CCAS.

Je m’occupe de la caisse, je vais acheter les cadeaux pour les anniversaires des adhérents, je m’occupe de la couture, de la cuisine, de la pâtisserie et je fais un peu de peinture.

Je m’investis pas mal et je suis contente d’être au GEM car cela m’a changé la vie. Je ne suis plus dans mon monde, isolée à ruminer mon passé, je m’intéresse plus aux autres et je suis moins égoïste.

Je vais au GEM car je peux m’investir pour me sortir de mes idées noires.

Moi je ne suis pas sous curatelle donc je peux avoir accès à tout ce qu’on peut faire dans le GEM.

  • Je m’appelle Bernadette :

J’ai connu le GEM par le CMP et après réflexion j’ai adhéré depuis 3 ans et demi maintenant.

Je suis venu au GEM pour me sortir de l’isolement, pour trouver des amis.

Je m’occupe de la caisse du café parce que j’ai du mal à gérer mon budget alors ça m’aide beaucoup.

Ce qui me plait dans le GEM : les sorties, la cuisine, la pâtisserie, je fais des textes c’est-à-dire le compte rendu des sorties et je demande aux adhérents si ces sorties leur ont plu

Par ma présence aussi je fais vivre le GEM.

Le GEM nous permet donc de combattre notre solitude, c’est une structure de soutien, de compréhension. Il nous permet de faire des voyages, des loisirs, et de nous soutenir les uns et les autres. C’est une consolidation et une consolation. On y est à notre écoute.

Je m’appelle  Pierre :

 je fréquente depuis 3 ans le GEM de BEAUNE et je me permets de vous livrer mon témoignage sur l’alcoolisme. J’étais en grande difficulté pendant des années, j’avais un gros problème de santé : l’alcoolisme.

J’ai vécu dans une communauté EMMAÜS avec une problématique d’alcoolisme.

Au bout de 9 ans ma santé s’est dégradée – la communauté a fait appel aux services de la Chartreuse – je fus hospitalisé pour une cure de désintoxication pour une durée de 2 mois pour me battre et me séparer de cette maladie impitoyable qu’est l’alcoolisme.

Ensuite je suis allée au Foyer du Renouveau où j’ai été suivi par un éducateur spécialisé et j’ai suivi une thérapie avec des psychologues qui m’apprenaient comment lutter contra cette maladie, ainsi que contre la drogue et la violence. L’entourage médical m’a aidé à retrouver confiance en moi et bien entendu de « tenir bon » – cette phase est difficile – accepter d’être aidé.

J’ai fait de la psychologie, de la sophrologie, j’ai fait partie d’un groupe de parole, j’ai pu arriver à surmonter mes angoisses et à changer mes comportements.

J’ai pu m’en sortir grâce au foyer du renouveau – ils m’ont aidé à me refaire une nouvelle vie, merci du fond de mon cœur car je peux apprécier la vie aujourd’hui grâce à eux.

Il faut avoir vécu la détresse face à l’alcool, il faut comprendre vraiment ce que j’ai vécu, mon parcours, ma maladie, pour permettre à chacun de réfléchir à sa propre vie, d’essayer de changer de cap quand on en a marre de ce que nous faisons.

Vivre heureux sans l’alcool m’a ouvert des perspectives après 2 ans d’abstinence – je pense avoir pu guérir de mon addiction.

Je me retrouve à BEAUNE dans un logement – j’ai demandé à un juge de m’avoir un accompagnement sous curatelle renforcée ainsi qu’une entrée dans un SAVS.

J’ai été présenté au GEM pour voir d’autres personnes et j’ai trouvé dans le GEM la sérénité et surtout la liberté. Cela m’a permis d’aider ceux qui sont en difficulté ou être à l’écoute des problèmes des autres – cela m’aide beaucoup moi-même.

Je veux remercier toutes les personnes qui m’ont aidé jour après jour dans la difficulté. Enfin je suis heureux car j’ai un petit cercle d’amis, je passe du temps avec ma famille et j’aime mes petits moments pour moi. Merci.

Je m’appelle Thomas :

A  ma naissance, rien ne présageait que j’aurais un handicap – j’étais un beau bébé souriant, tout a commencé j’avais 6 ou 7 mois, je ne pouvais pas rester assis seul, il fallait me caler avec des coussins pour que je ne tombe pas.

Vers 2 ans je ne tenais toujours pas debout même en me tenant par la main, je tournais comme une toupie.

Après des examens les médecins ont diagnostiqué un mauvais développement du cervelet qui crée des troubles de l’équilibre ; je n’ai pu commencer à marcher seul que vers 9 ans.

JUsqu’à 20 ans cela ne m’a pas pesé, j’avais ma famille et mes amis. Petit à petit mes amis sont partis étudier, se sont mariés et quitté DIJON. J’ai perdu mon travail, mon handicap fait que je suis plus lent ; parfois je suis maladroit, donc je ne suis pas rentable pour la société. Je panique souvent à l’idée que ce que je fais n’est pas parfait, j’ai souvent à subir des railleries dans la rue parce que je titube faute d’équilibre.

Toutes ces difficultés m’ont mené à une profonde dépression qui a duré plusieurs années ; j’ai dû être hospitalisé, j’ai rechuté plusieurs fois.

Un jour des amis m’ont parlé du GEM de CHENVOVE et m’ont invité à prendre contact par moi-même. Dès le premier jour je m’y suis senti bien, j’y ai trouvé des amis avec des problèmes semblables aux miens.

J’y vais plusieurs fois par semaine ; j’aime y partager des conversations, aller me promener, aller au cinéma.

Depuis que je fréquente le GEM j’ai retrouvé la joie de vivre et l’envie de faire des choses, sans oublier le soutien que m’apporte encore ma famille qui m’aide dans mon quotidien.

Je m’appelle Claire :

J’ai vécu 25 ans au Canada et ce soir, je voulais vous parler de mon parcours de soins, de mon parcours de vie « de deuil en deuil, reprendre la route du mieux être ».

Après un divorce suivi d’années de galère, une faillite due à des achats compulsifs, une  tentative de suicide, j’ai été suivie pendant 8 mois par une psychologue qui ne voulait pas entendre de diagnostic de psychiatrie mon médecin traitant non plus qui me donnait des antidépresseurs et rien pour le côté maniaque qui pourtant était là, les symptômes étaient présents : achats compulsifs, sexualité débordante – puis en 2004 un psychiatre pose enfin un diagnostic, troubles bipolaires de type II. Je ne l’ai vu que 3 fois remettant mon traitement entre les mains de mon médecin. Mon retour en France m’amènera enfin à rencontrer une bonne psychiatre avec un suivi chaque semaine et depuis 4 ans j’arrive à un meilleur équilibre. Mais à travers ce cheminement que de deuils ; j’ai dû laisser tomber des études de doctorat de sociologie et mes espoirs d’occuper un jour un poste de professeur à l’université.

J’ai laissé tomber mon métier depuis 15 ans d’assistante sociale et vais devoir faire  une reconversion professionnelle, mais ce temps n’est pas encore venu.

La psychiatre m’a orienté vers le GEM de CHENOVE et je participe aux activités depuis 1 an ; les personnes que je rencontre vivent toutes des problématiques semblables, sans jugement sur ce que je vis du coup cela m’aide à me relever ; la vie me donne une autre change d’être heureuse ; elle place sur mon chemin un coin pour être bien.

Les soins et le GEM m’aident à avancer sans oublier ma famille très présente et mes amis qui me soutiennent, du coup je peux continuer ma vie avec des défis à la mesure de ce que je peux faire. Merci de votre attention.

Je m’appelle Sébastian :

Je suis d’origine africaine et je suis arrivé en France à l’issue de mon mariage en 1997. A cette époque tout allait bien pour moi. Puis un jour tout à basculé, le stress, les angoisses, des voix sont venues

perturber ma vie. Au départ ça a été un véritable choc je ne comprenais pas ce qui m’arrivait, j’étais terrifié, en fait des hallucinations auditives me menaçaient, elles étaient insultantes – je croyais que ça allait passer que c’était une mauvaise journée mais je me suis trompé. 3 mois ce sont écoulés et toujours ces angoisses, ces voix, et je refusais de consulter un psychiatre me disant que je ne suis pas fou. Après 6 mois de souffrance, je me suis fait une raison et suis allé voir un psychiatre. Le diagnostic : problèmes d’adaptation…  Je suis allé voir un homéopathe et je suis reparti avec une ordonnance de petites gélules qui n’ont rien changé. Je me sens persécuté et suite à ces évènements je retourne en Afrique – mes proches me disent de retourner en France auprès de ma femme qui était enceinte. A mon retour je réalise que je suis vraiment malade et que j’ai besoin d’aide. C’est à ce moment que je décide de consulter un nouveau psychiatre et nous avons essayé plusieurs traitements pendant plusieurs années, mais sans amélioration Ma vie s’effondre, des idées noires m’envahissent, j’ai envie de tout arrêter pourtant je vois un troisième psychiatre sans amélioration. Mon entourage me dit que l’on m’a jeté un sort ; il ne faut pas oublier que je viens d’Afrique et que j’y suis retourné pour consulter un guérisseur sans résultat.

Je pars ensuite consulter en Angleterre me faire hospitaliser pour mettre en place un nouveau traitement – là il y a une légère amélioration. Je retourne donc en France pour rejoindre ma famille mais à ce moment là je suis complètement envahi et contrôlé par les hallucinations – plus tard encore je me retrouve tout seul – j’ai habité au foyer des jeunes travailleurs et je rencontre une personne qui se débat dans les mêmes problèmes que moi. Elle me parle de son psychiatre et m’encourage à aller le rencontrer – celui-ci trouve enfin un traitement adapté qui fait disparaître les hallucinations au bout de 3 mois. Mon combat aura duré une dizaine d’années pour trouver une bonne médication. Mon psychiatre ne s’est pas arrêté là il m’a encouragé à rencontrer un service spécialisé pour chercher un emploi – j’ai donc fait des démarches avec challenge-emploi mais très vite ils se sont rendus compte que je n’étais pas prêt à prendre une activité.

J’ai été dirigé vers le GEM de CHENOVE – les débuts ont été difficiles – j’ai eu du mal à sortir de chez moi, mais la rencontre de personnes ayant les mêmes problèmes m’a aidé à reprendre confiance en moi et petit à petit je me suis senti moins angoissé. J’ai trouvé une écoute et j’ai pu partager mes souffrances. Cela m’a permis de mettre en avant mes capacités, j’ai pu mettre en place un groupe d’anglais du fait que je suis bilingue – pour moi le GEM est un lieu d’amitié – aujourd’hui je me sens bien, je suis stabilisé, j’ai arrêté les antidépresseurs depuis 3 mois après 10 ans de prise. Je suis toujours sous neuroleptiques – depuis 2006 je suis appareillé pour le syndrome d’apnée du sommeil. Ma femme m’a quitté mais je suis en bon terme avec elle et je vois mes enfants. Merci.